10 Poems in English from Melissa A. Chappell
Translated into French by Vatsala Radhakeesoon
The Power and the Glory
Still
I stand in your door
the pomegranate morning vining
ripe in my mouth
Auroral geese are mist
gliding into a vanishing cadence
Yet my chipping-sparrow heart
has only begun to negotiate
your ancestral oak
the oleander climbing
intoxicating
every sense
geese bounding
brave
raptured blue
and I fly
into hemispheres
stone and cedar
raftered history
the bitter hardwood
You
So unexpected
Our suns rising from such ruin
presiding over seas
desiccating
desecrating the totems
of our countries
with prodigal restraint
my breath in your throat
storming
a cosmic unbuckling
The sorrows of this place
shake the foundations
You are the fuse
burgeoning
your body
a wailing wall
for every lament
the rift between us
earth fractures and collides
once and
again
devastation
a grove of orange trees
swept by brimstone and fire
the power and the glory
La puissance et la gloire
Immobile
je suis debout à ta porte
Le matin grenadier plante grimpante
toute juteuse dans ma bouche
Les oies d’aurore se mêlent en brume
planant en cadence perdue
Néanmoins mon cœur de bruyant familier
vient tout juste à se mettre à surmonter
ton chêne ancestral
laurier grimpant
envirant
tous les sens
les oies bondissant
brave
l’enlèvement tout bleu
et je m’envole
dans les hémisphères
pierre et cèdre
l’histoire chevronnée
le bois franc amer
Toi
Si imprévisible
Nos soleils se lèvent d’une ruine
présidant les océans
desséchants
profanant les totems
de nos patries
avec des contraintes prodigues
mon souffle dans ta gorge
fulminant
un débouclage cosmique
L’angoisse de ce lieu
chamboule les fondations
Tu es la mèche
naissante
Ton corps
un mur de gémissements
pour chaque élégie
le désaccord entre nous
la terre se brise et se heurte
encore et
encore
la dévastation
un verger d’orangers
balayé par le feu et soufre
la puissance et la gloire
Settle the Earth
What scenes do I behold
where the earth (a bride yet again)
is tilled
and dark seed is cast
rising
falling
with shouts of Hosannah
from the furrowed morning
Fields of ardent light
maiden
her skirts of rose-fallen sash
spread for plough
and piercing blade
in bloodrich earth
life riven and life wrought
a brother catches his brother’s heel
in the writhing womb
Cresting hills
their ancient quarrels mended
a seam of cows exulting
stream by stream
threading through
evergoing fields
swallows wheeling
carrying aloft the barns
in thinning light
By this new river
set the stone firm
plant a tree for figs
what has been given us is enough
to settle the earth
Établissons la terre
Quelles scènes est-ce que je retiens
lorsque la terre (une jeune mariée de nouveau)
est labourée
et la graine poivrée est lancée
s’élevant
se baissant
aux rythmes d’Hosanna
d’un matin sillonné
Champs de la lumière fervente
vierge
ses jupes de roses- fanées ceinturées
étendues pour la charrue
et lame perçante
dans la terre sanguine
vie déchirée et vie forgée
un frère sur les talons d’un autre
dans le ventre maternel douloureux
A la crête des collines
Leurs vielles disputes réglées
un filon de vaches triomphant
de ruisseau en ruisseau
s’écoulant à travers
les champs infinis
les hirondelles tournent en rond
transportant au-delà des granges
en chaque lumière tamisée
par cette nouvelle rivière
établissent la pierre déterminée
plantent un figuier
ce dont nous a donné tout ce qu’on a besoin
pour établir la terre.
As Before
On the pandemic
Winter is the right time
for a virus,
I suppose,
for in its hollow,
soundless days
we are twining
helices,
warm,
in hope’s deep hold
where mammal dreams
stir and waken
to a country
of earth-breaking marigolds,
forsaking the days
that take away our breath,
the masks of pretense
and vagaries that ride
snowy plumed breezes.
On the hearthstone
let despair burn brittle,
tinder in the ash.
Therefore
with perseverance
and a will to fight
until the jessamine
overtakes our graves,
and the Monarch leaves
its branch no more,
a new fire shall burn in winter,
and in its rising light
we shall see one another
face to face,
as before
Comme auparavant
à propos de la pandémie
L’hiver est le moment propice
pour un virus,
J’imagine,
que dans son vide,
jours silencieux
nous jumelons
des hélices,
chaleureuses,
en s’accrochant fortement
où les rêves de mammifères
se remuent et se réveillent
dans un pays
de séisme de fleurs de souci,
renonçant aux jours
qui nous coupent le souffle,
les masques de faux-semblants
et les caprices qui dirigent
les panaches de brises neigeuses.
Sur le foyer
laissons la détresse brûler fragilement,
d’allumettes en cendres.
Donc
avec la ténacité
et la volonté de se battre
jusqu’à ce que le jasmin
atteint nos tombes,
et le Monarque ne laisse
plus ses branches,
un nouveau feu brulera en hiver,
et dans sa lumière prometteuse
nous nous verrons
tête à tête,
comme auparavant.
Crossing the Broad River at Turtle Bridge
So many crossings
I have made
and never have you
wearied of me
or all that I bring
my last breath
the last word I remember
the last song that I know
the last love that blossomed
like bloodroot
along my appalachian sorrow
And my soul is cast down
O Lord
into depths
the rubble of contrition
born of ferocity and grace
waters which order
the taking and giving of life
the last word I remember
is no word at all
an exhalation lost
floating away in breath
misting
over this middle realm of river
color uncreated
I shall not encroach
the mystery
My parting breath
Earth
river
the ongoing sea
Traversant le Broad River à Turtle Bridge
Tant de fois
je t’ai traversé
et jamais tu
ne t’ai pas lassé de moi
et de tout ce que j’emmène
mon dernier souffle
le dernier mot dont je me souvienne
la dernière chanson que j’ai connu
le dernier amour qui bourgeonna
comme la sanguinaire
au long de mon chagrin d’Appalachien
Et mon âme est abattue
O Seigneur
au fond
les décombres de la pénitence
naissant de la férocité et grâce
des eaux qui ordonnent
la naissance et la mort
le dernier mot dont je me souvienne
n’est point un mot
un soupir perdu
s’envolant en souffle
brumant
au-dessus de cette sphère centrale de la rivière
couleur incréée (naturelle)
Je n’envahis pas
l’énigme
Mon souffle d’adieu
Terre
rivière
la mer éternelle .
In Cloths of Heaven
On that day
at the fringes of last things
when silken ribbons
have been spun in full
and the earth has been turned
a thousand times
beyond
I shall meet you
in cloths of heaven
We shall rest
shining
among such gardens
no more forbidden
a kiss exchanging
just once
for an orange sweet
in the whisperings
of weft and warp
your name on my breath
beneath vaulting skies
a meal shared
in this windfall light
our alleluias
beginning
again
Dans les voiles du Paradis
Ce jour-là
en marge des dernières actions
lorsque les rubans de soie
seront tissés complètement
et la terre aura tourné
milliers de fois
au-delà
Je te rencontrerai
en voiles de Paradis
Nous nous reposerons
rayonnant
parmi ces jardins
qui ne seront plus interdits
un baiser échangé
rien qu’une seule fois
pour une orange juteuse
dans les murmures
de chaîne et trame
ton nom régnant dans mon souffle
sous les cieux voûtant
un repas partagé
dans cette lumière d’aubaine
nos alléluias
résonnant
de nouveau.
Mother, I Climbed
These stones remember
no primrose vows
only the carriage
of winters
spilt
into that summer of birches
trembling
with each rain
You and I
wearing
the river only
no servile kiss
the sun uncoiling
blush of pomegranate
You held out your hand
and I climbed
yes, mother, I climbed
into his arms
and went with him
to his house on the mountain
his stone house
where the waxwing sang
in cedared rafters
Maman j’avais grimpé
Ces pierres ne se souviennent
pas des vœux de la primevère
mais simplement du chariot
d’hivers
divisé
en bouleaux d’été
tremblant
avec chaque pluie
Toi et moi
portant
que la rivière
pas de bisou soumis
le soleil levant
rougeur du grenadier
Tu tendis ta main
et j’avais grimpé
oui, maman, j’avais grimpé
dans ses bras
et j’étais partie avec lui
à son domicile sur les montagnes
sa maison en pierre
où le jaseur chantait
dans les poutres en cèdre.
Gossamer Words
You are the rhododendron
blooming in the deepest
hold of my winter
I recall your words
gossamer
graveled
falling to my lavender pillow
how they still fall
down the echoing well
of decades
pebbles of remembrance
parting the air
as great drops of snow
outside my winter window
There have
been other voices
in other rooms
yet yours makes fine the memory
and unfathomable the loss
Paroles de fils de la vierge
Tu es le rhododendron
fleurissant tout au fond
de l’attente de mon hiver
Je me souviens de tes mots
fils de vierge
gravillonnés
tombant sur mon coussin (oreiller) lavande
Comme ils tombent encore
dans le puit résonnant
des décennies
Les cailloux de souvenirs
séparant l’air
comme les gouttes de neige
à l’extérieur de ma fenêtre hivernale
Il y a
eu d’autres voix
dans d’autres chambres
mais la tienne fait du bien à la mémoire
et la perte inimaginable.
Other Music
I hear it in the graveled
cadences of his voice,
the rests which are no rests,
but the pulsations of my blood,
caught up in a recapitulation
of our summer rhapsody,
long ago,
his words,
circling around,
strange pattern,
strange melody,
still sung
in my far country—
arias,
recitatives,
resplendent
cadenzas.
What is this other music,
that begins
in him and ends in me?
I try to name it,
to draw boundaries
around it,
to give it definition.
What is it then,
but the secret sound
of spring come early,
that quietly breaks open
the dogwood bud,
that cracks apart
in me that other music,
floating on a jessamine wind,
and he knows it not.
D’autre musique
J’entends dans les cadences
gravelées de sa voix,
des pauses qui ne sont pas des pauses,
mais les battements de mon cœur,
atteints par une récapitulation
de notre rhapsodie d’été,
jadis,
ses mots,
tournant en rond,
tendance étrange,
mélodie étrange,
toujours chanté
dans mon pays lointain —
arias,
récitatifs,
resplendissant,
cadences,
C’est quoi cette autre musique
qui commence
en lui et s’achève en moi ?
J’essaie de la nommer,
poser des limites
autour d’elle
de la définir.
C’est quoi cela donc,
mais le son secret
du printemps précoce,
qui silencieusement ouvre
le bourgeon du cornouiller,
qui se casse
en moi cette autre musique,
s’envolant sur un vent de jasmin,
et il ne le sait pas.
This is How I Love You
Do you know how I love you?
I love you with no farewell,
yet with few expectations.
I love you from the deep spaces,
where lie the shimmering whale bones,
where burn the ancient mystic fires.
I love you as the red fern grows,
longing only to graze your skin as you pass.
I love you as I am wounded,
in your forgetting, in your silence.
Even as we are an impossibility,
“No chance” to me is something worth loving.
I love you and live with you
in the monochrome memories of beaches
and empty streets and dimly lit cafes.
My love was rageful when you left me.
I lay in the ashes that remained,
I burned as the cindered river,
but perished not,
Do you know how I love you?
My love is a broken fragrance,
that sheds its aroma across the blue true sky,
5000 miles,
to perish at your door.
This is how I love you.
Voilà comment je t’aime
Sais-tu comment je t’aime ?
Je t’aime sans adieu,
mais avec quelques attentes.
Je t’aime tout au fond de grands espaces,
où refugient les fanons étincelants des baleines,
où brulent les anciens feux mystiques.
Je t’aime comme la fougère rouge qui grandit,
envie simplement de regarder longuement ta peau quand tu y passes.
Je t’aime comme je suis blessée,
dans ton oubli, ton silence.
Même si nous sommes une impossibilité,
‘Pas de chance’ veut dire pour moi digne d’être aimé.
Je t’aime et vis avec toi
dans le monochrome souvenir des plages
et de rues désertes et l’éclairage feutré des cafés.
Mon amour était fou de rage quand tu m’as quitté.
Je me couchais dans les cendres restantes,
Je me brulais comme la rivière carbonisée,
mais je n’étais pas morte,
Sais-tu comment je t’aime ?
Mon amour est un parfum endommagé,
qui répand son arôme dans le vrai ciel bleu,
5000 milles,
pour périr à ta porte.
Voilà comment je t’aime.
When Death Comes to Our Table
When Death comes to our table,
The distance separating us disappears.
The silken sash of rose shall fall
upon you, O rider pale,
and my passion flows from my thighs,
a river of orange blossoms that fall
over you.
The silken sash, once binding, now unbinding,
has freed us to know as we want to be known.
When Death comes to our table,
Love’s grief is falling upward.
Quand la mort vient à notre table
Quand la mort vient à notre table,
La distance qui nous sépare disparait.
La ceinture en soie de la rose tombera
au -dessus de toi, O Cavalier tout blême,
et ma passion s’écoule de mes jambes,
une rivière de fleurs d’oranger qui tombent
au -dessus de toi.
La ceinture en soie, jadis contraignante, maintenant non-contraignante,
nous a libéré pour être connu comme nous voudrions être connu.
Quand la mort vient à notre table,
le chagrin d’amour rebondit plus haut.

Melissa Chappell







